Goût
Les humains possèdent cinq sens spéciaux correspondant à des organes sensoriels spécialisés responsables de la détection et de la transmission des informations sensorielles au cerveau pour leur traitement. Les sens spéciaux incluent la vision, l'olfaction (odorat), l'audition (ouïe), l'équilibre et le goût (gustation).
Le goût, l'un des cinq sens spéciaux, est la détection sensorielle de la nourriture sur la langue ; l’organe du goût. La perception du goût est médiée par des récepteurs gustatifs, également appelés calicules gustatifs, qui répondent à une stimulation chimique sur le dos de la langue ainsi que dans certaines parties du larynx, du pharynx et de l'épiglotte.
Détecter un goût (une substance gustative) est assez similaire à détecter une odeur (une substance odorante). Les deux sens dépendent de récepteurs chimiques stimulés par certaines molécules. Dans une certaine mesure, la perception du goût et de l'odorat sont liées. Cependant, cet article se concentrera principalement sur la gustation. Les structures anatomiques pertinentes, y compris les glandes salivaires et leur rôle dans le processus de perception du goût, seront abordées.
Anatomie
Composante olfactive
Le goût n'est que partiellement transmis par la langue. Le sens de l'odorat joue également un rôle important. Les odeurs, des molécules odorantes en suspension dans l'air, sont inhalées par le nez et entrent en contact avec l'épithélium olfactif, qui est recouvert d'une série de récepteurs olfactifs présents sur les cils olfactifs des cellules sensorielles. Ces signaux chimiques sont ensuite transduits en signaux électriques à l'intérieur du nerf olfactif.
Le nerf olfactif (I) pénètre dans le crâne en petits faisceaux nerveux (filet olfactif) via les foramens de la lame criblée de l'os ethmoïde. Ces petits faisceaux nerveux non myélinisés forment les nerfs olfactifs qui font synapse dans le bulbe olfactif. À ce stade, le nerf olfactif forme le tractus olfactif et passe vers l'arrière pour s'élargir en une structure triangulaire appelée trigone olfactif.
Langue
Papilles gustatives
Environ les trois quarts de toutes les papilles gustatives se trouvent sur la face dorsale de la langue, formant de petites structures surélevées. Il existe quatre différents types de papilles, qui sont discutés plus en détail ci-dessous :
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Papilles caliciformes : Ces papilles, au nombre de 9 à 12, se trouvent en une rangée en V immédiatement devant le sillon terminal, qui divise le dos de la langue en deux tiers antérieurs et un tiers postérieur.
Les papilles caliciformes, également appelées papilles circumvallées, sont rondes. Leur sommet est recouvert d'un épithélium squameux stratifié. Environ 50 % de tous les calicules gustatifs se trouvent dans les papilles caliciformes. Ce type de papille gustative est sensible au goût amer et peut être impliquée dans le réflexe nauséeux. Autour de chaque papille se trouve une dépression dans laquelle les glandes gustatives (de Von Ebner) vident une sécrétion séreuse. On pense que cette dépression circulaire de l'enroulement épithélial agit comme un fossé autour de chaque papille, et sert à éliminer les stimuli à la base des papilles caliciformes, garantissant qu'elles soient toujours prêtes à recevoir de nouveaux stimuli gustatifs. Ces papilles sont innervées par le nerf glossopharyngien (IX), bien qu'elles se trouvent en avant du sillon terminal. -
Papilles fongiformes : Comme leur nom l'indique, les papilles fongiformes ressemblent à des champignons. Elles apparaissent de façon isolée et sont assez régulièrement espacées entre les papilles filiformes. La plupart se trouve sur la partie antérieure du dos de la langue, environ la moitié étant située près de la pointe et aucune dans la ligne médiane. Le nombre des papilles fongiformes varie entre 140 et 400 ; chacune possédant 3 à 5 calicules gustatifs à leur surface capables de discerner le sucré, l'acide, le salé, l'amer et l'umami. Environ 25 % de tous les calicules gustatifs se trouvent dans les papilles fongiformes.
Histologiquement, au centre de leur tissu conjonctif se trouve un tissu conjonctif fortement vascularisé. Contrairement aux papilles filiformes, les papilles fongiformes ne sont pas kératinisées.
Ces papilles sont innervées par le nerf facial (VII), les fibres nerveuses quittant la langue via le ganglion submandibulaire, le nerf lingual, la corde du tympan et le ganglion géniculé afin d'atteindre le noyau unique du tronc cérébral.
- Papilles foliées : Ce sont des papilles verticales, relativement courtes, que l'on trouve de chaque côté et sur la face postérieure de la langue. Elles sont au nombre de 4 à 5 de chaque côté de la langue et possèdent chacune, des centaines de calicules gustatifs. Les papilles foliées peuvent être situées à l'avant de l'arc palatoglosse. Elles sont recouvertes d'un épithélium non kératinisé et sont donc plus moues que les autres papilles. Ils contiennent de nombreux calicules gustatifs. Les 25 % restants de toutes les calicules gustatifs se trouvent dans les papilles foliées.
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Papilles filiformes : Ce sont les papilles les plus petites et les plus courantes de la langue. Elles sont coniques et recouvrent la majeure partie des deux tiers antérieurs de la langue. Elles ne contiennent pas de calicules gustatifs et ne sont donc pas impliquées dans la sensation gustative.
Histologiquement, elles sont constituées d’un noyau de tissu conjonctif irrégulier, recouvert d'un épithélium kératinisé présentant des prolongements secondaires, qui contiennent des fibres élastiques et sont donc flexibles.
Les papilles filiformes apparaissent blanches sur la langue et se chevauchent en une couche dense de prolongements en forme de brosse. On pense que ces papilles sont impliquées dans la perception de la texture des aliments.
Calicules gustatifs (bourgeons du gout)
Les calicules gustatifs sont des organes gustatifs microscopiques situés sur les papilles gustatives. Ils contiennent des cellules chémosensorielles faisant synapse avec les fibres afférentes des nerfs gustatifs. Les cellules sont organisées en une structure épithéliale en forme de baril ressemblant à un bouton floral. Au sommet du calicule gustatif se trouve une ouverture appelée pore gustatif, un entonnoir rempli de liquide où l'on trouve les microvillosités (aussi appelées poils gustatifs) des cellules épithéliales gustatives. Les substances gustatives sont généralement dissoutes dans la salive, puis se lient et stimulent les récepteurs des microvillosités. Les signaux gustatifs sont transmis à travers les cellules épithéliales gustatives qui sont elles-mêmes reliées aux terminaisons des nerfs gustatifs. Ces nerfs envoient des informations afférentes (sensorielles spéciales) au cerveau. Le cerveau décode l'information afférente envoyée à la fois par les calicules gustatifs et les récepteurs olfactifs et crée la sensation du goût des aliments. Par conséquent, les substances gustatives sont le stimulus de la gustation.
Il existe quatre types de cellules présentes dans les calicules gustatifs :
- Cellules épithéliales gustatives de type I (gliales) : Ce sont de longues cellules de soutien en forme de fuseau s'étendant du pore gustatif jusqu'à la lame basale. Leurs extrémités apicales peuvent être impliquées dans la transduction du goût salé, cependant cela fait encore débat dans la communauté scientifique.
- Cellules épithéliales gustatives de type II (récepteurs) : Ces cellules sont impliquées dans l'expression des récepteurs de la protéine G pour les goûts amer, sucré et umami.
- Cellules épithéliales gustatives de type III (présynaptiques) : Elles sont impliquées dans la transduction du goût acide.
- Cellules épithéliales gustatives/basales de type IV : Ces cellules se trouvent sur la lame basale de l'épithélium et sont considérées comme des précurseurs indifférenciés ou immatures des cellules épithéliales gustatives de type I-III.
Le nombre de calicules gustatifs dans la cavité buccale et la portion la plus proximale du tube digestif supérieur est soumis à une forte variation interindividuelle : les estimations chez l’humain se situent le plus souvent autour de 2 000 à 8 000 bourgeons au total, même si des valeurs plus basses ou plus élevées peuvent être observées selon les populations. Un seul calicule gustatif peut porter 50 à 100 cellules gustatives. Les cellules cémosensorielles continues dans les calicules gustatifs sont très régénératrices et sont remplacées tous les 8 à 12 jours. Cela est dû à l’abrasivité de la cavité buccale causée par la traction mécanique et les températures élevées et basses des aliments ingérés.
Les cinq sensations gustatives peuvent être classées en sucré, acide, salé, amer et umami. Ces saveurs de base peuvent soit avoir un effet stimulant et encourager la consommation (sucrée, salée et salée), soit l'inhiber (amère et peut-être acide).
Voie du goût
L'information gustative est détectée par des chémorécepteurs sur les calicules gustatifs (bourgeons du goût) présents dans les papilles gustatives sur le dos de la langue ainsi que dans les parties épithéliales de la muqueuse du larynx, du pharynx et de l'épiglotte
Les calicules gustatifs procurent la sensation gustative et synapsent avec des fibres afférentes des nerfs gustatifs. Trois nerfs sont associés à la gustation.
Nerf facial
La corde du tympan du nerf facial (VII) fournit des fibres aux deux tiers antérieurs de la langue (papilles fongiformes et foliées). De plus, le nerf grand pétreux, une branche du nerf facial, innerve les calicules gustatifs du palais mou.
Un degré variable d'information gustative peut contourner le trajet de la corde du tympan dans l'oreille moyenne et parcourir le nerf grand pétreux. La corde du tympan et le nerf grand pétreux convergent au niveau du ganglion géniculé, après quoi les fibres afférentes forment le nerf intermédiaire. Ses fibres gustatives afférentes font synapse dans le noyau rostral solitaire, également appelé noyau gustatif.
Nerf glossopharyngien
Le nerf glossopharyngien (IX) fournit des fibres au tiers postérieur de la langue. Le nerf quitte le crâne par le foramen jugulaire avec le nerf vague (X) et la partie descendante du nerf accessoire spinal (XI). Depuis les calicules gustatifs, les signaux nerveux sont transmis dans les branches linguales se dirigeant vers le foramen jugulaire.
Le ganglion inférieur du nerf glossopharyngien, également appelé ganglion pétreux ou ganglion d’Andersch, contient les corps des cellules sensorielles et est situé juste sous le foramen jugulaire. Le nerf glossopharyngien pénètre dans le crâne par le foramen jugulaire avec le nerf vague (X) et le nerf accessoire (XI). Les fibres afférentes voyagent à travers le ganglion supérieur du nerf glossopharyngien, ou nerf petit pétreux. Elles continuent dans la moelle allongée par l'angle cérébellopontin pour faire synapse dans le noyau rostral solitaire.
Nerf vague
Le nerf vague (X) fournit des fibres à la région du palais et à l'épiglotte. Les informations gustatives sont transmises par la branche laryngée supérieure du nerf vague. Les fibres afférentes de cette branche rejoignent les fibres afférentes du nerf vague principal provenant des organes thoraciques et abdominaux. Leurs corps cellulaires sensoriels forment le ganglion vagal inférieur. Les fibres afférentes pénètrent dans le crâne par le foramen jugulaire avec le nerf glossopharyngien et le nerf accessoire, puis passent par le ganglion vagal supérieur. Ils font synapse dans le noyau rostral solitaire.
D'autres projections du nerf vague, comme celles responsables de la sécrétion salivaire et de la sécrétion et motilité gastriques, synapsent dans le noyau solitaire. Cela explique pourquoi le goût augmente la salivation et l'activité gastrique.
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Au niveau du noyau rostral solitaire (noyau gustatif), les chemins des afférences gustatives convergent. Les fibres de chaque nerf gustatif se mélangent et se divisent en 3 voies :
- La première est projetée vers le noyau ventral postéromédial du thalamus, puis vers le cortex sensoriel gustatif où nous prenons conscience de la sensation.
- Dans la deuxième, les fibres se projettent pour faire synapse dans la zone gustative pontine avant de se terminer dans la zone hypothalamique latérale.
- La troisième voie fait également synapse dans la zone pontine du goût, puis se dirige vers l'amygdale.
Le cortex sensoriel gustatif communique avec la zone hypothalamique latérale et l'amygdale. Il est généralement admis que la zone hypothalamique latérale et le corps amygdale sont responsables de l'appétit, de la satiété et d'autres mécanismes homéostatiques. Le fait que le cortex sensoriel envoie des signaux à ces zones pourrait expliquer pourquoi nous nous sentons plus rassasiés après avoir expérimenté les goûts que nous désirons. L'amygdale est impliquée dans la formation des émotions et de la mémoire, entre autres fonctions, expliquant pourquoi nous attachons des émotions fortes à la nourriture et peut-être pourquoi nous avons envie de certains aliments dans certains états émotionnels.
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Glandes salivaires
La salive joue un rôle important dans la mastication, la déglutition et le goût. Elle constitue le principal composant liquide de l'environnement externe des cellules réceptrices du goût présentes dans les calicules gustatifs et aide à la régulation de leur environnement ionique, permettant ainsi la transduction du signal.
La composition et le débit de sécrétion de la salive sont généralement influencés par les différentes modalités gustatives. Le goût acide induit le débit salivaire et les concentrations d'ions sodium (Na+) les plus élevés, contrairement au goût salé qui augmente les concentrations de protéines et d'ions calcium (Ca2+).
La salive aide à dissoudre les substances chimiques dans les aliments (les substances gustatives), afin qu'elles puissent pénétrer dans le pore gustatif au sommet des calicules. Les microvillosités présentes dans le pore gustatif recueillent des informations sur la nourriture ingérée à partir des substances gustatives et, à travers les cellules réceptrices, communiquent avec les terminaisons des nerfs gustatifs qui envoient des informations afférentes au cerveau sur le goût d'un objet.
Les trois glandes qui sécrètent la salive dans la bouche sont réparties dans le visage.
- Glandes submandibulaires : Sous l'angle de la mandibule, ces glandes sont innervées par le nerf facial via le ganglion submandibulaire et sont perfusées par les artères submentonnières (branches de l'artère faciale). Elles sécrètent de la salive dans l'espace sublingual par les canaux submandibulaires (canaux de Wharton).
- Glandes sublinguales : Elles sont innervées par le nerf facial et vascularisées par les artères sublinguale (artère linguale) et submentale (artère faciale). Elles déversent leurs sécrétions dans le fond de la bouche via un ensemble de canaux appelés conduits de Rivinus.
- Glande parotide : Il s'agit d'une grande glande qui se trouve sur le côté du visage, en avant et en dessous de l'oreille. Les branches motrices du nerf facial (temporale, zygomatique, buccale, mandibulaire et cervicale) la traversent. Elle reçoit son innervation du nerf glossopharyngien via le ganglion otique (ganglion auriculaire). Le canal parotidien (canal de Stenson) entre dans la bouche par la joue, en face de la deuxième molaire supérieure. La glande est vascularisée par des branches de l'artère carotide externe.
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Notes cliniques
Diverses affections peuvent affecter l’expérience de la gustation chez une personne. Entre les lésions, les affections héréditaires, ou encore des réactions dues à des facteurs externes, une altération des substances olfactives et odorantes peut changer de manière plus ou moins prononcée l’expérience de la gustation.
- Paralysie de Bell : Une lésion du neurone moteur inférieur du nerf facial entraîne une multitude de symptômes. Cela inclut une hémiplégie du visage (branches motrices affectées), l'incapacité à fermer complètement les yeux (orbiculaire de l’œil affecté), des sons douloureux car trop forts (en raison de l'absence d'innervation par le nerf du stapèdien), et un goût anormal dans les deux tiers antérieurs de la langue (corde du tympan affectée).
- Agueusie : C'est une incapacité à ressentir les goûts. Les causes incluent les médicaments (certains antihypertenseurs, anxiolytiques, antibiotiques, ou anti-inflammatoires.), une infection virale ou bactérienne, une affection du système endocrinien (hypothyroïdie, diabète), une maladie auto-immune, une maladie neurodégénérative, ou encore dans des cas plus graves, la sclérose en plaques et la dysautonomie familiale (une affection héréditaire affectant le système autonome).
- Congestion : Lorsqu'une personne souffre de congestion due à un rhume ou à des allergies, le goût est légèrement altéré et le goût des aliments ingérés semble moins prononcé.Dans ce cas, les récepteurs olfactifs ne peuvent pas recueillir d’informations précises à partir des substances odorantes et les envoyer au cerveau pour identifier le goût des aliments. En conséquence, le goût n'est pas pleinement fonctionnel et la nourriture a un goût fade et peu savoureux.
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Kim Bengochea, Université Regis, Denver